Comment va l’âme en 2017?

***

Peu avant cette époque, je m’initiais à l’animal-machine, la conception cartésienne du corps vivant : un corps et un esprit dans une dualité juxtaposée. L’animal serait tel une machine, un assemblage de pièces et de rouages, dénué de conscience ou de pensée. Une vision mécaniste du réel.

Poussée à l’extrême, cette conception implique que les cris et gémissements des animaux ne sont que le reflet de dysfonctionnements dans les rouages plutôt que l’expression d’une souffrance. Cela suppose que l’animal ne souffre pas, que la souffrance n’appartient qu’à l’homme. C’est là une prétention que Dieu ne nous pardonnera pas car les vaches pleurent à leur sort. Par Dieu entendez Nature, un coeur du monde, l’Apollon et le Dionysiaque mêlés au sommet de l’existence.

Cette conception cartésienne omniprésente dans le système médical et scientifique occidental est un scandale sans nom, une tuerie de masse que les générations futures regretterons pour nous lorsque les arbres n’auront plus d’air pour verdoyer et que le trou de la couche d’ozone nous noiera dans la complexité d’un monde en cours de désagrégation.

« Je suis et je resterai », ainsi la Terre s’exclame à nos esprits sourds tandis que les scalpels s’immiscent à l’extérieur et à l’intérieur des corps; jusqu’à ce que les chimios s’accélèrent et que le cancer se répande dans le sang et sur les territoires comme ces mares noires qui assombrissent les lacs et les mers.

Clairement et concrètement nous mourrons sous les coups de Descartes. Sa cécité érigée en paradigme nous a infirmés. la Terre est une vieille dame malade, nous n’avons pas assez de force politique pour pousser son fauteuil roulant; ses roues sont enlisées dans la vase, nous ne savons plus avancer. Nous espérons que les nouveautés de la science occidentale ramène quelques guérisons mais à l’heure où les morts s’enterrent et que les vivants se taisent, que faisons-nous des autres moyens d’existence, que faisons-nous des autres moyens de substitution qui nous ramèneraient à respecter de nouveau ce que l’esprit et le corps se racontent ?

Descartes a tué l’âme. En la révélant, il l’a tué; un avortement dès les premières prémices de sa pensée car priver les êtres non humains d’âme a biaisé la conception du monde. L’âme se répand plus qu’elle ne règne en l’Homme; elle demeure pourtant là, éparpillée parmi les créations de la nature, du brin d’herbe qui danse au vent à la feuille d’arbre qui verdoie sous le système chlorophyllien en passant par le pissenlit qui vient crois-tu se poser sur ta joue par le seul fil du hasard. Nous avons porté l’âme dans une distinction organique, séparée du corps. Nous avons porté le corps comme ils portent leurs dieux : avec fascination et égocentrisme.

Vitality // Zaratine 2016

Vitality // Zaratine 2016

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *